P1050781Il apparaît toujours dans mon répertoire téléphonique, ce numéro qui ne répondra plus. Je n’ai jamais eu le courage de l’effacer. Un lien imaginaire que je ne réussis pas à dénouer. Elle avait affronté le combat, elle savait la fragilité de ses jours. Elle disait : « je veux vivre trois choses chaque jour : quelque chose de bon, quelque chose de beau, quelque chose de nouveau ». Elle allumait des lueurs de bonheur dans chacune de ses journées pour oublier les murs de l’hôpital, le corps qui défaille, les enfants  trop jeunes qu’elle redoutait de quitter. Leçon de vie, leçon d’amour, lumière étincelante qui brille encore si fort en moi.

 

J’ai pensé à elle aussi ce matin, alors qu’elle se dirigeait vers un centre de radiologie. Depuis quelques années, depuis l’alerte, une attentive surveillance l'accompagne, ombre qui plane régulièrement dans son horizon. Bien sûr, désormais elle y pense peu, elle préfère vivre et faire des projets. La maladie lui a offert un répit, tapie profondément dans son corps jusqu’à se faire complètement oublier, éradiquée peut être…

Et puis les doutes surgissent, les précédents résultats étaient un peu flous, il faut vérifier. L’ombre s’étale à nouveau, comme une menace souterraine, un grondement imperceptible.

Apprivoiser l’attente, bâillonner la peur. La panique est un luxe dérisoire.

Quelque part, le venin de l'inquiétude s’insinue entre le désir d’un souffle de soulagement et un verre de jolies bulles parfumées pour fêter ça ! « A ta santé ! », ou bien l’annonce d’un combat, l’organisation d’une résistance, d’un affrontement qui laissera derrière lui un chaos de larmes et de victoires.

Je pense à lui aussi,  à tous nos chemins si solitaires, à ces moments où ils s’étranglent, escarpés, sinueux, arides, à ces barreaux acérés de douleur qui enferment loin de la vie, à la force puisée en rêvant aux plages immenses, aux horizons sans fin.

Je pense à ces combats que l’on a pas choisis contre cet ennemi enfoui, à nos petites lumières intérieures qui s’essoufflent et vacillent.

Je pense à toutes ces attentes de Noël, lueurs surgies de la nuit froide, à ces prières hésitantes, quand l’espoir tremble dans nos mains, si fragile mais si puissant…