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C’est une rayure de lumière jaillie d’un volet disjointé qui t’éveille, la chaleur d’un trait de soleil sur la main. Dans un demi sommeil, tu t’en amuses, le laissant te caresser le bras puis le visage, jouer avec ta paupière dans des éclats de couleurs. Une voix bondit à tes cotés depuis le radio réveil, égrenant les malheurs du monde, le jeune étudiant battu à mort pour ses idées. Tu coupes le son au moment ou les proches s’expriment, non que tu te désintéresses de son sort, mais gênée de cet étalage de compassion dont la sincérité te paraît bien commerciale. Dans le silence revenu, tu roules savamment vers le bord du lit, repousses les draps et poses un premier pied par terre, mal assuré, puis le second, pour te diriger vers la baignoire et faire couler l’eau à pleine cascade. Il te reste quelques précieuses minutes pour retrouver la chaleur de tes draps, dans la lumière encore douce de la fenêtre ouverte.

C’est l’esprit encore embrumé que tu laisses ton corps glisser dans l’eau savonneuse, jusqu’à ta tête qui se fond dans l’eau, aussi longtemps que ta respiration peut s’arrêter, seulement réceptive aux sensations de ton corps, absente au monde, instant de délice, suspendue entre deux états, flottant entre deux vies. Le souffle te manque un peu, tu bascules vers l’air libre, aspires  tranquillement une longue goulée d’air, l’eau ruisselle sur ton visage.

Le linge dans la machine, les vapeurs de café, le parfum boisé du pain grillé, tu évolues au radar dans la cotonneuse brume de ta myopie à travers un quotidien aux contours mal définis. Et ça te convient parfaitement. Tu as rallumé la radio, tu réfléchis au planning de la journée, tu t’habilles, mets tes lentilles, un peu de rose sur les lèvres et sur les joues et du marron sur tes yeux.

C’est à ce moment là que ton estomac se serre, au moment où tu fermes ta porte et que tu descends l’escalier de l’immeuble. C’est toujours le premier pas qui coûte. Tu te concentres un peu, mettre un pied devant l’autre, et puis l’autre encore, avancer… et puis, c’est assez pratique, au bout d’un moment, tu arrives à le faire sans réfléchir, le pli est pris, tu marches. Tu peux même réussir à relever la tête, adresser un sourire au bijoutier du coin de la rue qui dispose sa vitrine avec ses lunettes en équilibre tout au bout de son nez. Tu regardes le ciel tout bleu dans lequel se découpe la statue d’Auguste dans son impériale assurance. C’est une nouvelle journée qui commence...

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