Les sanglots du ciel
J’ai traversé l’épais tunnel de pluie, enjambant les mares d’eaux, les ruisseaux fous qui se dessinaient sur le sol. Je brandissais vers le ciel mon parapluie rouge à fleurs que le vent retournait et rendait inutile. En quelques minutes, j’étais trempée, lavée, rincée, glacée. Je suis rentrée à la maison, c’est drôle que je dise ça, j’ai du mal à appeler cet appartement ma maison, et pourtant je m’y suis réfugiée, comme un abri dans la tempête. J’ai épongé mes cheveux, retiré mes vêtements tout mouillés. Une rafale a fait frémir la fenêtre, j’ai regardé la pluie se déverser par dessus les toits. Le ciel était si bas qu’il caressait les toits, mais eux pensaient que c’était vraiment une drôle d’idée de les inonder autant. Peut être dans cette brume larmoyante se tramaient d’autres drames, des chagrins infinis et des amours déçues, tout là haut, entre un ciel et un toit…
Je me suis pelotonnée dans mon lit, réfugiée au creux des oreillers, bercée de cette tristesse, attendant que le vent mette un peu d’ordre, dans le ciel et dans ma tête…
la féria à l'eau
Week end de mai, week end de Féria à Nîmes... La ville a sorti ses fanions colorés, ses parfums de mergez mêlées de pop corn des bodegas apparues un peu partout à grand renfort de matériel de son et de lumière. Mais sa joyeuse effervescence flotte au gré de l’eau des trottoirs. Le ciel bien trop bas et si gris menace les passants grelottants. Sur l'avenue Victor Hugo, un immense panneau numérique bien ringard scintillant de milliers de leds affiche "la Bodéga de Victor" ; je me demande ce qu'en penserait le poète !
J’ai traversé le coeur de la ville, attentive aux pavés glissants et puis je me suis faufilée jusqu'à l’épicerie, hésitante devant les linéaires pour choisir finalement un de ces paquets de galettes suédoises luisantes de beurre et de chocolat qui vont venir embellir le moelleux de mes hanches mais réconforter mes papilles de leur douceur un peu écœurante...
Je me suis blottie sous ma couette, pour regarder Millers’s Crossing, des frères Coen, dans un déluge de feu et de sang, le film était encore plus noir que mon esprit... plus cynique mais plus romantique aussi !
Dehors, j’entendais par moments les bandas qui tentaient d'entraîner la foule clairsemée et un peu déçue... Demain, les murs de l’appartement vibreront des basses qui résonneront dans toute la ville, je crois que j’irai faire la fête aussi, vivre cette ambiance un peu folle, rire et s’amuser avec des amis, danser aussi... Pourvu que le ciel dépourvu d’étoiles cesse de verser tant de larmes !
De l'eau sous les ponts...
Il est des bilans, parfois délicats, qu’il convient de poser. La vie emprunte des chemins que l’on n’avait pas imaginés ; il faut alors s’adapter, redéfinir les priorités.
J’ai ouvert il y a deux ans la petite mercerie de mes rêves, en plein cœur de Nîmes… Seulement voilà, la solitude, la fatigue, ma situation familiale et personnelle, rendent aujourd’hui la poursuite de cette aventure trop compliquée. Il faut se rendre à l’évidence et retrouver d’autres voies professionnelles, plus adaptées à ma situation. Je renonce avec tristesse à cette aventure que je n’arrive pas à considérer comme un échec, juste un mauvais timing comme il en arrive si souvent, de ceux qui nous poussent vers de nouveaux rivages. Il s’agit d’une décision difficile à prendre, et pourtant, je la vis avec une certaine sérénité. Il faut peut être parfois renoncer à certains rêves et croire à un autre avenir…
C’est d’autant plus dommage puisque je ne peux m’empêcher de penser que cette petite boutique, avec un peu de temps pourrait connaître un bien joli développement. Les deux premières années sont les plus difficiles lorsque l’on se lance dans la création d’un commerce et la boutique bénéficie désormais d’une petite notoriété et d’un stock varié…
Alors, après tout, si quelqu’un est intéressé par la reprise de la boutique, qu’il (elle ?) n’hésite pas à me contacter via la rubrique du blog « contacter l’auteur », ou à consulter l'annonce ici
Une pincée de sel
Je crois que je ne l’étais jamais autorisée, s’asseoir seule à la terrasse d’un café sans raison précise, sans attendre quelqu’un, un train, un rendez vous. Juste pour le plaisir de regarder les gens passer, dans un étrange ballet dont je ne reconnais pas le tempo, affairés, décidés, occupés. Garder le nez en l’air, s’accorder la lenteur, regarder le ciel aux multiples teintes de gris, plaisanter avec le serveur, savourer son café, jouer un peu quand même avec l’appareil photo de son téléphone. Entendre sonner deux coups à l’horloge de la cathédrale, se dire que les minutes ont passé bien vite et qu’il va peut être falloir y aller, tranquille… dans un sourire…
Dans les nuages
Les jours ont passé presque sans faire de bruit, dans la lumière de l’été et toutes les nuances du ciel si bleu… Un été comme en suspens à se demander ou l’automne me verrait atterrir (peut être alunir)… des choix à faire, des résultats à attendre… un été à vivre l’instant présent en se disant : on verra bien… Juste faire confiance.
Il y a eu de jolies émotions, le bac du petit dernier, de belles après midis de plage, des rosés bien frais à la terrasse des cafés, des rires, des enfants, des copines, des piles de bouquins, des questions, des expos, des anniversaires, des kilomètres en TGV (7000 !).
Du silence sur cette page, besoin de distance, du mal à préciser ma pensée… alors je l’ai laissée voguer, au fil de cette effervescence, un voyage en soi même dont on ne revient jamais tout à fait…
Il s’agit pourtant de renouer les fils, un peu égarés dans le ciel, au milieu des étoiles, pour tenter de les rassembler vers la terre ferme et ne pas s’envoler tout à fait. En rompre certains et continuer à poser un pied devant l’autre avec allégresse… mais tout doucement !
Voyage...
Le TGV glissait à travers la campagne. Le paysage défilait, alternant en accéléré les carrés colorés des champs, les touches vertes des arbustes des remblais, les fermes isolées, les villages esquissés, les minuscules automobiles presque immobiles sur le ruban gris. Des facettes de vie tout juste entrevues, déjà dépassées, instantanés immédiatement zappés dans la lumière déclinante. Au loin, l’horizon rosissait, rougeoyait, ondulant dans les nuées bleues et ombrées. Le jour se retirait dans toute sa majesté, projetant ses derniers rayons de lumière de trainées colorées avant de céder la place à la nuit d’étoiles.
J’ai laissé mon esprit vagabonder au delà des collines, aussi loin que l’horizon s’étalait sous mes yeux. J’ai savouré cet instant étrange, ce moment d’absence en suspens entre deux vies, celle d’hier, celle d’aujourd’hui. Une certaine forme de jubilation s’est emparée de moi, une euphorie douce et puissante est remontée de très loin, par petites vagues, puis me submergeant tout à fait. Suspendue hors du temps je goûtais à pleines goulées ce nectar de liberté, ce moment rien qu’à moi, cette étendue de possibles… Le ciel s’est enfin noyé dans les couleurs de la nuit, étendant son voile soyeux sur les aubes confiantes. Il suffit parfois de quelques instants, la magie d’une émotion, pour toucher du bout des doigts le bonheur d’exister, tout simplement…
Défi 13 savane
Rien de tel qu'un thème savane pour le défi 13 pour sentir sur ses épaules la chaleur sèche... Ne reculant devant aucun sacrifice, j'ai revétu le pull col roulé que j'ai terminé... à la fin de l'hiver (évidement... le tricoter pour le mettre en hiver, c'était trop facile !). Bref... il a fallu ensuite caler l'appareil photo sur une pile bancale de livres et de bougie à la rose (ne cherchez pas, c'est juste parceque je l'avais sous la main !), et jouer avec le retardateur... difficile d'assurer un cadrage digne de ce nom, alors vous voudrez bien excuser mon visage de mater dolorosa qui a vu le loup, c'est juste que ça clignote, ça clignote... ça clignote plus, ça doit être bon ? Ah non ça fait tut tut et ça prend enfin la photo... faut pas être bien malin pour prendre la photo quand je fais une tête pareille ! Sauf que je parle à une machine, qui je crois... ricanne !
Bref, en images, le pull savane du défi 13, ça donne ça :
Le modèle du pull, inspiré de celui de La Poule, sort de mon cerveau embrumé... En top down en partant du col, avec un col roulé bien large pour ne pas serrer, 4 torsades réparties devant, derrière et sur chaque manche, en Super Tweed de chez Fonty. Vraiment facile à tricoter en réalité et bien sympa à porter (enfin, quand la température est adaptée, bien sur !)
Vivement l'hiver prochain pour tester la savane !!!
Politiquement incorrect
La petite fille avait 6 ou 7 ans, à peine. Je ne sais plus dans quelles circonstances elle avait accompagné son frère ainé ; ils avaient grimpé dans un arbre qui surplombait les arènes de San Feliu de Guixols, ruisselantes de chaleur dans cette fin d’après midi d’été. La petite fille trop sensible qui ne pouvait lire les romans de la Comtesse de Ségur sans détremper les pages de ses larmes ininterrompues avait vu jaillir le noir toro sur la piste ronde, menaçant de frêles silhouettes agitées et impuissantes. Elle en avait été effrayée, terrifiée. Le monstre ivre de force et de violence, réveillait ses pires cauchemars. Elle reconnaissait dans sa silhouette massive l’ombre immense et déformée d’une menace affreuse et indicible. Sur le sable écrasé de soleil se jouait un drame inévitable.
Elle avait vu un petit personnage, presque un enfant, dans son ridicule habit de paillettes et curieuses chaussettes roses s’approcher, seul, de l’ogre prêt à le dévorer. Elle avait un instant détourné les yeux, incapable de supporter le massacre certain. Elle avait entendu la rumeur de la foule percer le silence de ses encouragements et avait à nouveau affronté le spectacle morbide. Le petit bonhomme agitait une grande cape rose en s’avançant à petit pas vers la bête. Il l’avait approchée, avait tourné autour d’elle et l’affrontait dans un face à face inégal. Elle avait adressé au ciel une courte prière pour que cet homme là la délivre de ses terreurs. Le toro trépignait prêt à l’envoyer virevolter dans les airs comme une marionnette dérisoire et le petit bonhomme semblait presque jouer avec lui, le faisant tourner sur lui même, évitant ses cornes de justesse. Elle avait vu le torero laisser du champ au toro, confiant, qui avait repris de la vitesse. A nouveau l’homme l’avait ramené à lui, s’en était rapproché comme pour danser avec lui une étrange valse lente. Le toro avait semblé hésiter. Une grande tension s’était alors installée, la force avait soudain changé de camp. L’animal dans sa force brute perdait peu à peu l’avantage, jusqu’à se soumettre presque au petit bonhomme. Le toro avait ralenti l’allure, sa puissance seule ne parvenait pas à dominer le combat, il semblait presque s’en rendre compte. Le petit homme, tout brillant dans le soleil, avait sorti une épée et l’avait brandie, dérisoire face à l’énorme bête. Elle s’était avancée, soumise, avait baissé la tête et offert son cou. Le toréro s’était avancé d’un pas et avait terrassé le dragon. La petite fille avait du mal à quitter son regard de cet étrange spectacle, fascinée par le drame qui s’était déroulé sous ses yeux. Elle était bien trop petite pour comprendre toute la symbolique de cet instant mais elle l’avait vécue intensément, comme une lutte sans merci du mal sur son petit monde.
La petite fille a grandi, elle a vu depuis quelques dizaines de corridas, elle a appris à en connaître les règles et à aimer le toro, à le vouloir brave et violent pour que combat soit respectable, à comprendre la peur du torero et cette bravoure démesurée de vouloir vaincre jusqu’à la mort. Mais c’est toujours ce même drame qui se rejoue devant ses yeux, celui de la violence implacable et abrupte contre le courage d’un homme. Elle sait l’intolérable de la situation mais reste sensible, à cette émotion sublime, cet instant de vérité brutale.
Elle était ce soir dans les arènes, silencieuse et pensive devant des hommes dépassés que la peur avait gagnés. Ce soir, le courage n’était pas au rendez vous. Dommage, elle aurait bien eu besoin de voir ses démons terrassés dans la lumière. Elle ne souhaite pas faire l’apologie de la corrida mais seulement partager avec honnêteté ses sentiments, mêlés de sueur et de sang, pour ces moments d’intensité, cette violence primaire vissée aux cœurs, universelle.
Au sortir de la corrida, du spectacle de vie et de mort, se joue un nouvel acte dans les rues de Nîmes. Une foule immense s’infiltre dans la ville, dans les ombres portées des lumières clignotantes ; les visages riants, criants et déformés dans la musique mélangée devenue un bruit immense, baignés du vin qui coule à flots. Une bacchanale libératoire dans laquelle il fait finalement bon se laisser porter, juste peut être pour sentir que vous êtes encore en vie, seul au milieu du monde qui s’agite, en guettant, aux premières lueurs de l’aube, l’annonce d’un nouveau matin qui se lèvera…
Dans quelques jours la ville retrouvera son calme et sa pudeur, ses jolies allées bordées d’arbres, sa routine sage, et refermera jusqu’aux vendanges, sa curieuse parenthèse barbare…
La fête à la grenouille
Le ciel gris et uniforme enveloppe la ville, la pluie frappe aux fenêtres et détrempe les sols et les passants... Mon arrosoir est au chômage. Je me suis demandée s'il n'était pas temps pour lui de passer à autre chose, affronter un nouveau destin. Je l'ai regardé dans les yeux (pas facile ! ils sont placés sur les cotés !), je l'ai embrassé sur la bouche, lui ai chanté bien fort "Moaaaaa, je t'offriraaiaiaiai, des perles de pluiiiiiies, venues de payyyyys où il ne pleut paaas"....
Et... rien ! (si, pour être honnête, la pluie a redoublé !) l'arrosoir de plastique vert (dépourvu d'oreilles !) ne s'est pas transformé en un délicieux prince charmant, celui qui m'attend bien quelque part pour allumer des étoiles dans mes yeux. Voilà comment la vie brise les rêves d'enfant ! On passe son enfance pétris de contes merveilleux et on se retrouve avec une palanquée d'enfants et pas de prince charmant ! Trop nul !!! J'ai dû louper un truc !
Je me demande s'il ne fallait pas ajouter une parole magique, consulté mes grimoires... internet... pas trouvé ! Si vous détenez la formule secrète... allez... soyez sympa !
Arcadia
Je l’ai choisi un peu au hasard sur l’étagère parmi les nouveautés de la médiathèque. Sur la couverture, l’image de mains recouvertes de gants de laine tricotée a dû influencer mon choix ( !!!) (je n’avais même pas remarqué la feuille de cannabis que portent ces mains !) Qu’importe, j’ai bien fait de glisser ce livre là dans ma sélection. 3 jours nuits (!) plus tard, je l’avais dévoré.
Une écriture poétique, presque psychédélique, lumineuse et poignante pour l’histoire d’Arcadia, communauté hippie autosuffisante des années 60, pétrie d’utopie, de liberté et d’amour. A travers le regard d’un tout petit garçon, Pouce, premier né de la communauté et dont les parents Abe et Hannah rayonnent de foi en l’avenir meilleur. Il décrit son monde, bienveillant et lucide et raconte cette drôle de famille, respectueuse de la nature, idéaliste et travailleuse. On se prend à rêver de ces visions d’un monde meilleur… Mais la réalité est plus rude : le froid, la faim, les conditions de santé précaires, le renoncement de soi même et l’effet pervers de cette ouverture à l' amour : l’accueil de toutes les dérives humaines, la surpopulation, la maladie et la drogue… jusqu’à l’effondrement, peu à peu de ce monde idéal.
Il y a la sortie de la communauté, la confrontation avec le monde réel… Pouce devient papa d’une petite fille dont la maman, fille du gourou d’Arcadia a disparu un jour, tout simplement disparu… Il travaille comme photographe puis assistant de faculté tentant à peine de se dégager de ses fantômes, de sa femme, ange déchu et d’Arcadia, le rêve noyé dans l’illusion.
Et pourtant, toute la petite famille retourne un jour à Arcadia. Abe est mort, Hannah ne tardera pas à le rejoindre, Grete se galvanise de course à pied et Pouce fait face à sa réalité, son chemin initiatique mêlé de tendresse, de réalités insolites saupoudrées de magie tandis que le monde se meurt d’une épidémie implacable. Arcadia s’efface, victime de ses vaines utopies et la nature reprend ses droits.
Les phrases sont courtes, les images fortes, on a juste envie de respirer et de toucher du doigt les personnages, de rêver aussi, de se laisser porter pas la grâce, de s’asseoir un instant dans la douceur de l’air et regarder à la surface de l’étang, flotter les paillettes d’or de nos illusions perdues…
Arcadia – Lauren Groff - Plon




























