DSC_0136_484_Le train démarre, s’ébranlant à travers la banlieue encore bercée de sommeil. Dans quelques instants les premières lueurs du jour vont dessiner les contours de l’horizon.

2h50 pour moi seule, le temps d’un aller Paris-Nîmes… Je savoure en silence.

Sur la bannière de ce blog, il est inscrit « Madame Zaza habite chez ses cinq grands enfants ». Je ne sais pas encore ce que je vais écrire à la place puisque dans quelques semaines, je vais quitter la maison de mes enfants.

Quitter cette maison est un déchirement pour nous tous je crois, elle avait été achetée après une période trop mouvementée, pour nous servir de refuge et d’abri. Un refuge pour une petite bande abîmée, plein de lumière et douceur, pleine de désordre aussi, de grappes d’enfants autour d’un ballon, de jeux vidéo (puisque le nombre de jeux autorisant un grand nombre de manettes avait atteint des summums et une réputation solide auprès des copains) ou de boums et de lanes dans le garage colonisé à cet effet.

Le peu d’hommes qui ont traversé ma vie durant cette période ne s’y sont pas trompés : femme sous influence d’une tribu aux codes obscurs, indomptable et prioritaire…

Je ne vais pas jouer ici les mères courage, ceux qui me connaissent bien en souriraient. Malgré les 3 machines à laver par jour, les kilos de chaussettes à trier, les hectolitres de lait et de Coca Cola light, les chariots de supermarché remplis à ras bord,  les réunions parents profs et un travail à plein temps, j’ai beaucoup aimé toutes ces années.

J’aimais ce chaos ambiant, les repas animés, les moments plus calmes en voiture sur le chemin de l’école, les DVD regardés ensemble, campés par terre, bien au chaud sous les couettes… un cocon finalement rassurant, un lieu en dehors du temps ou les règles n’étaient que celles que nous avons établies.

Les deux aînés ont quitté le bercail, même si cette maison restait pour eux le refuge du week end, le transit entre deux locations, le réconfort d’une épaule maternelle, la machine à laver, l’assurance d’un repas servi ou le lieu d’accueil des copains…

Les trois plus jeunes y ont installé leurs marques, leurs habitudes, leur grotte. Edouard vient de « devancer l’appel » puisqu’il a profité de ses vacances universitaires fin janvier pour s’installer chez son père ; il nous manque déjà…   Les deux autres le suivront à la fin du mois.

Depuis deux ans et demi, Monsieur Zaza, en débarquant dans la tribu avait contribué à remettre un peu d’ordre dans ce nid, un peu sous le grognement des lionceaux qui préféraient être les seuls maîtres du territoire. Mais je sais bien que ce lien fort de meute qui nous a unis ne facilite pas forcément leur ouverture vers l’extérieur ni leur autonomie. Je ne vais pas non plus prétendre que je pars pour leur bien, ce serait malhonnête. Je pars parce que j’ai envie d’une autre vie, que je sais aussi que le temps de leur enfance est révolu et que leur avenir se fera loin de moi, c’est normal et c’est la vie… Je sais aussi qu’ils acceptent ce désir avec beaucoup de bienveillance, même si pour eux, les conséquences sont difficiles et sont celles d’un choix qu’ils n’ont pas encore fait.

Je ne les abandonne pas, je les laisse, maintenant qu’ils sont adultes, grandir au gré de leur chemin. Je leur laisse aussi le choix, s’ils le souhaitent, de me suivre quand ils le voudront, ils sont libres.

J’espère sincèrement qu’ils auront plaisir à venir à Nîmes…  (2h50 depuis Paris, un train toutes les heures !)

En triant les affaires, je n’ai pu m’empêcher de mettre dans les cartons des couvertures de bébé, quelques affaires de tout petit, quelques  livres et jouets aussi… pour les petits enfants à venir…

Une nouvelle page de vie se tourne, elle révèle toute la nostalgie d’un moment de vie, le blues des instants évanouis, pour l’envie de se tourner vers autre chose. C’est peut être un peu tôt encore, mais il me semble pourtant que c’est le moment, une histoire d‘opportunité peut être, un je ne sais quoi dans l’air…

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